Ça vient tout seul. Comme une déchirure dans le sternum, un trou noir. Il n’y a aucune explication. La tête vacille, l’estomac se gonfle. À cet instant-là, je ne respire plus, je suffoque. La cage thoracique est scellée comme un tombeau, elle a perdu de son élasticité, c’est une corde de pendu usagé. La gorge est serrée, obstruée, la boule qui s’y trouve grossie à chaque inspiration. Les pensées s'obscurcissent. L’angoisse apparait. Les muscles des mollets commencent par bouger tout seuls, suivent les cuisses puis le corps tout entier, à la limite de la convulsion. Il fait chaud. Le froid devient chaleur comme si des volutes de soufres volcaniques s'échappaient du sol. Une émanation diabolique.
C’est à ce moment-là que la folie survient. Lorsque la panique règne de sa toute-puissance. Que le mal-être devient "être" tout entier. Il n’y a aucune échappatoire à cet état de détresse absolue. Absolument aucune. Même les choses les plus belles deviennent insupportables, comme si les ténèbres tout entières les avaient gangrenés. La peur envahit chacune des particules physique et psychique du corps. Une peur bien plus puissante que la mort elle-même, la peur d’être enfermé dans cet état de néant total. Je n’ai pas mal mais je souffre plus que tout. Je donnerais tout pour me rompre le tibia sur le champs et avoir enfin mal d’une douleur physique insupportable qui me soulagerait l’esprit. Je frappe ma tête contre tout ce que je trouve, mais en vain.
Ce n’est pas la première fois, mais chaque fois semble l’être. Je porte les stigmates des crises précédentes. Les yeux sont cernés et les joues laissent transparaitre les rictus tétaniques comme le papier carbone scelle les écrits. J’ai passé des nuits entières comme ça. Tournant et retournant dans un lit qui me semblait être un caveau d’éternité dans les limbes obscurs et infinis. Aujourd’hui j’ai les médicaments. Enfin j’ai la drogue plutôt. Parce que c’est une drogue. Une drogue d'appellation d’origine contrôlée, mais une drogue quand même. Anxiolytique qu’ils appellent ça. Ça calme pas de suite et ça calme pas entièrement. Ça aide à dormir, à débrancher la prise, c’est comme un suicide temporaire pour se réveiller ensuite. Mais on s’habitue vite à cette saloperie, trop vite. Mais ce jour-là le comprimé a fait le job. Je suis endormi, je suis mort, en attendant une éventuelle résurrection.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire